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Maternité cunicole : impacts d’une chaleur modérée sur les performances Logo Feedia

Même entre 19°C et 25°C, la chaleur pèse sur la consommation et performances des lapines et de leurs lapereaux. Découvrez les résultats d’une méta-analyse exclusive sur 12 ans et les leviers nutritionnels pour sécuriser la performance en maternité.

La hausse des températures impacte les performances des élevages cunicoles. Beaucoup d’études le démontrent, mais toujours dans des conditions extrêmes, souvent observées dans des climats tropicaux et peu représentatives des élevages commerciaux européens. Ces derniers, grâce à des bâtiments modernes équipés de systèmes de ventilation et de refroidissement (cooling), maintiennent des ambiances mieux maîtrisées. Toutefois la période estivale ainsi que la sortie d’été sont des périodes qui impactent les performances des élevages.

Ce dossier décrypte les résultats d'une méta-analyse exclusive de Techna, portant sur 12 années de données issues de 83 bandes en station expérimentale, pour quantifier les effets liés à la chaleur, même modérée, c’est-à-dire dans une plage de température moyenne comprise entre 19 et 25°C

Même une chaleur modérée réduit significativement la consommation alimentaire

La consommation alimentaire est le premier indicateur affecté par une hausse de température et constitue le principal levier des performances zootechniques. En effet, l'animal mange moins pour limiter sa propre production de chaleur métabolique. 

Ainsi les lapines réduisent leur consommation, dès la mise-bas passée (environ -20g/jour). Il en est de même pour les lapereaux entre 25 et 32j (environ -3 g/j).

Pour illustrer l'ampleur de ce phénomène, une hausse de température de 6°C (passant de 19°C à 25°C) se traduit par une diminution de la consommation de la cage de 112,8 g/j. Selon la base de données de l'étude, cela représente une chute de 21,9 % de l'ingéré total.

La performance des lapines et des lapereaux est directement pénalisée par la hausse des températures

La réduction de l'ingéré, combinée au stress physiologique induit par la chaleur, même inférieure à 25°C, dégrade inévitablement les indicateurs de performance clés en maternité cunicole.

La conséquence la plus directe de la baisse de consommation est un ralentissement significatif de la croissance des lapereaux :

  •  dès la naissance (87.2g entre 19 et 21°C, 84.3g entre 21 et 23°C et 83.4g entre 23 et 25°C),
  • et jusqu’au sevrage à 32j (926.3g entre 19 et 21°C, 905.9g entre 21 et 23°C et 876.9g entre 23 et 25°C).

Au-delà de la croissance, d'autres paramètres essentiels sont affectés, révélant une dégradation de l'état général des animaux :

  • Santé générale : la viabilité des lapereaux et des lapines diminue significativement lorsque la température augmente.

  • Bilan pondéral des lapines : les femelles perdent du poids entre deux sevrages successifs. Cette perte de poids s'explique principalement par une moindre récupération de la lapine entre le 11ème et le 25ème jour de lactation (+219g entre 23 et 25°C contre +322g entre 19 et 21°C), phase critique où elle devrait normalement reconstituer ses réserves. Cette incapacité à reconstituer ses réserves corporelles n'est pas sans conséquence, car elle fragilise la lapine et prépare le terrain aux dégradations de fertilité observées sur les bandes suivantes.

Il est toutefois important de noter que, dans cette plage de températures modérées (19-25°C), les performances de reproduction directes (taux de palpation, prolificité) ne semblent pas impactées. Cet effet n'est généralement observé que lors de stress thermiques plus extrêmes.

Les effets de la chaleur persistent sur les bandes suivantes, malgré une reprise apparente

L'analyse de l'effet "post chaleur" est cruciale, car elle révèle un phénomène en trompe-l'œil. Si la croissance des lapereaux et le poids des mères semblent se redresser rapidement après une période de chaleur, des indicateurs de fond comme la fertilité accusent un recul durable. 

Cette "dette de chaleur" impacte la rentabilité des bandes d'automne, bien après que les températures soient descendues, constituant un piège de la fausse récupération. En effet, certains paramètres comme le taux de palpation et la viabilité des lapines ne se rétablissent pas complètement : 

  • Taux de palpation (91.0% avant chaleur, 90.3% pendant la chaleur, 88.6% après chaleur)
  • Viabilité des femelles (93.1% avant chaleur, 91.8% pendant la chaleur, 91.9% après chaleur)

Recommandations stratégiques

Cette analyse le démontre sans équivoque : même une élévation de température modérée, bien en deçà des seuils de canicule, a des conséquences technico-économiques négatives et quantifiables en élevage cunicole. Elle confirme que la zone de confort du lapin se situe autour de 21°C et que chaque degré supplémentaire force les animaux à mobiliser des ressources pour leur thermorégulation, au détriment de la production. 

Face à ce constat, deux axes d'intervention stratégiques s'imposent.

  • Maîtriser l'ambiance de l'élevage
    Il est primordial de gérer et de limiter au maximum les écarts de température, notamment durant la période estivale. L'utilisation optimisée des outils existants, comme la ventilation dynamique et les systèmes de refroidissement (cooling), est un investissement rentable pour stabiliser l'ambiance et réduire l'amplitude thermique subie par les animaux.
  • Adapter la stratégie nutritionnelle
    L'anticipation est la clé. Intervenir dès le printemps permet de consolider l'état corporel des lapines avant l'arrivée du stress thermique. Une stratégie nutritionnelle adaptée doit donc être mise en place pour soutenir les besoins des animaux, non seulement pendant l'été mais aussi en amont, afin de minimiser les conséquences de la chaleur sur les lapines et leurs lapereaux.

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